Témoignage du père Lucien Marguet : “La fidélité, le fil rouge de notre vie pastorale”

En juin, une belle fête s’annonce, le jubilé du père Lucien Marguet, ainsi que de plusieurs autres prêtres diocésains. Cinquante ans de sacerdoce ! De quoi nourrir la vie d’innombrables souvenirs inoubliables.

Avec Daniel Lefèvre, Jean-Luc Mangeart, Jean Larghi, Philippe Lang, Michel Roquier, nous célébrerons, en juin prochain, l’anniversaire de notre ordination. Il y a cinquante ans que nous avons été appelés à suivre le Christ dans ce sacrement de l’ordre. Plusieurs frères de notre promotion de séminaire ont déjà rejoint le Père, parmi lesquels Philippe Marniquet, originaire de Vouziers, avec qui j’avais d’abord été élève au collège Saint-Louis de Vouziers. Appelé à témoigner de la fidélité de ma vie de prêtre, comme le thème de ce numéro m’y invite (cet article est paru dans la revue diocésaine “Reims-Ardennes” de mai 2019, ndlr.), je pense que ce terme évoque en même temps la foi et la confiance, le service de tous les vivants que l’évêque demande aux prêtres de rejoindre en leur confiant la mission de les connaître, de marcher avec eux, de témoigner de l’Évangile de Jésus «chemin, vérité et vie», en étant parmi eux.

DE LA MEUSE AU CAMEROUN

Durant mes années de grand séminaire, j’ai vécu une période d’études – guidées par des enseignants chargés à nous préparer à être prêtres dans et pour les siècles – et de discernement de ma vocation ; la séquence du service militaire dans un régiment de cavalerie en Allemagne, une année de travail en usine à Nantes et surtout ma fréquentation régulière des familles installées rue Havé à Reims, sur le terrain dit du Maroc ont complété les enseignements que je recevais. Avec nombre de bénévoles investis auprès de ces gens vivants en baraquement ou en caravane, nous avons fait venir à Reims le père Joseph Wresinski, pour une conférence sur «les lieux de misère» et le mouvement qu’il venait de créer : Aide à toute détresse. Le résultat de son passage fut la création d’une antenne ATD dans la cité des sacres.

Né dans une famille d’agriculteurs, j’avais à découvrir le monde ouvrier des usines et des habitants des cités. La première nomination comme prêtre me donna l’occasion de cette insertion : Nouzonville et les environs, dans la Vallée de la Meuse, en pleine activité industrielle ; les usines au milieu des quartiers faisaient alors entendre le martèlement rassurant des pilons. L’Action catholique, pratiquée par milieu social et l’âge des participants, était le «fer de lance» privilégié de notre mission pastorale. Accompagner la Jeunesse ouvrière chrétienne (Joc) me permit d’accéder, à pas feutrés, à «l’âme ouvrière militante» et imprégna pour toujours mes démarches «pastorales».

En effet, durant mes sept années de présence au nord Cameroun, je m’efforçais d’être accueillant et attentif à la vie des gens et à leur identité profonde, leur langue, leurs traditions, leurs aspirations. À la suite du Christ, venu de Dieu-Trinité pour habiter notre humanité, je devais, moi serviteur de cette ethnie et de Jésus, me rendre entièrement disponible. Que d’invitations à réfléchir, m’interroger, m’améliorer et m’adapter j’ai pu recevoir de cette période africaine !

En rentrant en France, il me fut demandé d’habiter au presbytère de Saint-Remi de Reims, tout en bénéficiant d’une année de formation continue à l’Institut catholique de Paris. Je remercie encore l’évêque d’alors, le père Ménager, de m’avoir offert ce temps intellectuel et spirituel qui m’a permis d’intérioriser ce que je venais de vivre en mission au Cameroun sans parler de ce mois préparé et passé en Palestine, Bible à la main et surtout dans le cœur ! L’étape suivante se déroule dans la paroisse Saint-Joseph des champs, Orgeval et La Neuvillette, où je fus nommé curé avec toutes les responsabilités que cette mission comporte et les initiatives pastorales et sociales que l’Esprit saint encourage à prendre.

Avec ce que j’avais vécu à Nouzonville et au Cameroun, j’étais attiré par le quartier populaire et multiethnique d’Orgeval. J’aimais y déambuler et y célébrer la messe dans une communauté modeste mais rayonnante. Convaincu que l’Église n’assurerait son avenir communautaire et missionnaire que si beaucoup de «baptisés» prenaient leur part à sa vitalité et sa vocation à évangéliser, je me suis efforcé d’appeler beaucoup de laïcs à assumer des responsabilités dans l’animation de la communauté chrétienne et aussi dans les associations présentes dans les quartiers, et de les soutenir dans la durée.

DES ARDENNES À SAINT-WALFROY

Le père Balland me demande alors, en 1990, de venir à ses côtés comme vicaire général. J’accomplis donc ce ministère multifonctions durant dix ans qui me donnèrent d’élargir mon champ de réflexions sur ce qu’est la condition humaine et l’impact considérable que la foi chrétienne peut produire en des vies guidées par l’Évangile. En 2000, je quittai l’archevêché pour me retrouver curé de la paroisse Saint-Remi de Charleville, puis aussi de Mézières. Ces huit années dans les Ardennes me poussèrent aussi à pratiquer une pastorale reposant sur la coresponsabilité différenciée, dans laquelle chaque chrétien est invité à offrir ses talents et son temps, pour que vive l’ensemble. J’avoue que l’équipe des Jeunes professionnels, accueillante aux nouveaux arrivants et ardente dans l’intensité de ses réflexions, a beaucoup ravitaillé ma fibre pastorale. Huit ans ont passé vite avant de recevoir une nomination pour huit ans à Vouziers comme curé de cinq paroisses comprenant de nombreux villages. Ayant atteint l’âge de la retraite, déchargé de toute fonction curiale, je me tiens, à Saint-Walfroy, à la disposition des groupes qui passent à l’ermitage pour réfléchir, approfondir des aspects de la foi, prier, renflouer leur intériorité par des partages de vie et de foi. Se sentir utile et fidèle à la vocation, peut-être est-ce le fil rouge de ma vie ?

Père Lucien Marguet

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